Jeudi 22 février
Aujourd'hui, petit retour sur le passé. Des images du Vietnam entrevues sur internet m'ont attirées et je me suis souvenue d'un voyage, plus de dix ans en arrière, dans ce pays qui a abrité une partie de mes ancêtres du côté de ma mère et où j'ai vu le jour à Saïgon, pendant la colonisation française et avant Dien Bien Phu. Je suis une enfant de la guerre et je comprends quelquefois pourquoi je me sens divisée, une partie de moi se révoltant et voulant changer le monde, l'autre temporisant et acceptant silencieusement en se disant que c'est ainsi et que tout est illusion.
Je suis le fruit d'une rencontre entre deux êtres totalement différents mais qui ont été attirés l'un vers l'autre, par on ne sait quel sentiment, suffisamment fort en tout cas pour donner la vie et décider de continuer ensemble un chemin qui n'a pas été facile mais qui m'a permis aujourd'hui d'écrire ces quelques lignes et de penser à eux qui ne sont plus là.
Je me souviens qu'un jour, ma mère en parlant de son père m'avait dit que, devenu vieux, celui-ci avait décidé de finir ses jours dans un temple boudd'histe et avait laissé sa famille pour être moine. Le bouddhisme était aussi la religion d'un jeune garçon, voisin de la famille de ma mère, qui était catholique et pour cette seule raison, les deux amoureux n'ont pu continuer à se voir. Un Roméo et Juliette à la vietnamienne, sauf qu'ils ont décidé de continuer à vivre au lieu de mourir.
Ma mère était très belle, toute menue, fragile et hantée par la mort. Elle avait peur de vieillir et elle n'en a pas eu le temps. Elle était issue d'une famille pauvre de 12 enfants, tous morts de maladie, très jeunes, sauf une soeur et elle qui avaient survécu à la guerre et à la maladie. Sa soeur a vécu une histoire d'amour aussi avec un Français, ami de mon père, elle en a eu un garçon mais a décidé de rester au Vietnam avec son fils, à moins que cet homme n'ait pas eu le courage de l'épouser et de l'emmener avec lui en France, je n'ai jamais su.
Deux destins de vie de femmes, l'une fragile quittant son pays, l'autre plus forte assumant son fils et restant au pays. Je suis souvent l'une et l'autre mais je crois que c'est la femme forte qui prend le dessus et qui essaie de ne pas écouter les gémissements et les plaintes de la plus fragile.